La Piscine au lycée des Métiers du bâtiment Sillac d’Angoulême (3/3)
Le dispositif de médiation culturelle mobile La Piscine est entré dans sa troisième année d’application. Dédiée aux porteurs de projets d’éducation artistique et culturelle (EAC) dans les établissements scolaires sous compétence régionale, La Piscine a été conçue par ALCA comme un dispositif immersif destiné à donner l’envie de lire, de créer, de débattre et de réfléchir ensemble. Riche de six fonds compilant chacun une centaine d’ouvrages et traversant des thématiques telles que l’Aventure, Manger et nourrir ou encore l’Amour, La Piscine et ses allures de cabinet de curiosités ont pris leurs quartiers de mars à juin 2026 au lycée professionnel des Métiers du Bâtiment – Sillac, à Angoulême.
Quelques élèves sont encore présents, ce vendredi 5 juin, au lycée Sillac d’Angoulême. Les épreuves du bac ont commencé, les lycéens travaillent à la table. Dans le vaste CDI de l’établissement, deux jeunes filles de terminale et les élèves de l’UPE2A accueillent le public venu assister à la restitution des projets menés dans le cadre du dispositif La Piscine. Abdiwali, Adama, Blanche, Iliassa, Jonko, Mahina et Redouane, encouragés par leur professeure de français, Séverine Peytour, et l’enseignante documentaliste Marie-Pierre Morlière, présentent tout le travail accompli pendant les trois derniers mois devant un parterre d’adultes très à l’écoute : deux membres du rectorat de l’académie de Poitiers – DASEN et DAAC –, le chef d’établissement Frédéric Missou, Solène Brun, chargée de mission Transmission à ALCA et un enseignant en art appliqué. Commence alors une déambulation dans les divers espaces du CDI reconvertis pour l’occasion en salles de projection, d’écoute ou d’exposition. Car nombreuses sont les réalisations présentées ce jour-là : flipbooks, vidéos, podcast, expositions de recettes et de textes sur des souvenirs culinaires jalonnent ainsi le parcours. Installée un peu en retrait, comme une invitation à une pause détente et plaisir de lire, La Piscine offre sa richesse bibliographique à toutes celles et ceux qui ont envie d’y goûter.
Un bain interculturel
Impliqués dès l’installation du dispositif, les élèves de l’UPE2A se sont pleinement investis dans ce projet envisagé, par Séverine Peytour, comme un vecteur d’intégration et de cohésion : "Au moment de la découverte de la structure, nous avons passé trois heures, avec mes élèves, à installer les meubles. Nous avons réfléchi ensemble sur la manière de s'approprier ce lieu. Grâce à ce projet, les élèves de l’UPE2A se sont sentis vraiment intégrés à l’établissement, voire porteurs d'un message sur l'intérêt de découvrir différentes cultures grâce à la lecture. Par rapport au groupe classe, cela a généré de la coopération au moment de la découverte des albums jeunesse. Ils se sont mis à deux pour préparer les lectures. Ils ont cherché ensemble les définitions des mots pour bien les comprendre. Ensuite, nous avons lu les uns devant les autres pour mettre bien le ton, pour être compréhensibles. Tout ce travail a créé un sentiment d'appartenance, que ce soit au groupe de la classe ou au lycée."
Pour atteindre cet objectif d’intégration, la première des deux thématiques retenues par les enseignantes – parmi les six fonds bibliographiques que propose La Piscine – était un choix judicieux. Quoi de mieux que la cuisine et l’alimentation pour dépasser les frontières ? Adama s’est ainsi plongé dans la découverte de la gastronomie française : "Moi, ce qui m'a intéressé, c'est les livres de cuisine. Parce qu'il y a des plats différents, des plats français que je ne connaissais pas. C'est pour cela que je me suis intéressé aux plats, pour que je puisse savoir quels légumes, quels ingrédients on doit utiliser pour les faire." Par ce biais, les élèves de l’UPE2A, originaires du Mali, de Somalie, de Gambie ou encore d’Algérie, ont pu faire découvrir un peu de leur culture aux autres membres du lycée. Sur les panneaux du CDI, apparaissent ainsi des recettes de poulet mafé, d’escargots sautés de Côte d’Ivoire, ou encore à base de gombos, des légumes qui composent le tieb, un plat raconté par Janko : "Les gombos sont des légumes qu'on va préparer avec du riz ou parfois avec du couscous. On fait des sauces avec, ou même des tiebs. Je ne sais pas si vous avez déjà entendu ce nom ? C'est un plat qui est souvent fait au Sénégal, en Gambie et jusqu'en Mauritanie."
Cet échange interculturel, né des potentialités offertes par La Piscine, s’est prolongé lors de deux rencontres organisées avec des élèves de CP de l’école voisine Alain Fournier et avec ceux de l’UPE2A du collège Michel Palais. Pour Séverine Peytour comme pour Marie-Pierre Morlière, ce furent parmi les moments forts de cette aventure autour du livre et de la lecture : "La réaction des jeunes qui m'a vraiment marquée, raconte l’enseignante en lettres, c'est quand les petits CP sont venus. Les garçons de l’UPE2A, pour la plupart, sont des migrants non accompagnés qui ont laissé leurs petits frères et sœurs dans leur pays. Ils se sont beaucoup attachés à ces enfants qui viennent de la REP1 d'à côté. Il y a eu une forte interaction entre mes élèves et les CP. J'ai le souvenir, notamment – qui est évoqué dans le podcast réalisé par les CP –, de cette petite fille qui a donné la main à Adama et qui n'a pas voulu la lâcher ; elle voulait le ramener à son école. Je pense que cette rencontre a été extrêmement valorisante pour mes élèves, qu’elle leur a donné confiance en eux en leur montrant qu'ils sont capables d'aider des plus petits qu’eux."
Créer sans contraintes
Si le groupe d’élèves de l’UPE2A était au cœur des projets construits autour de La Piscine, d’autres classes ont été associées à l’aventure, notamment des terminales professionnelles dont deux représentantes sont venues pour ce jour de restitution. Elles évoquent le travail d’écriture réalisé en atelier avec l’auteur Quentin Guillon sur la thématique de l’alimentation : "Il nous a demandé de réfléchir à nos souvenirs culinaires ou de nous projeter dans l’avenir, raconte Mahina. Par exemple, parler de ce qu'on allait manger en 2050, ou d’un souvenir sur ce qu'on a mangé la première fois quand on était petit et qui nous a vraiment marqués. Il fallait trouver les bonnes phrases et réfléchir au sens du texte qu'on allait produire ensuite. C'était un peu compliqué, mais à la fin, c'est un joli rendu." Pour leur enseignante Séverine Peytour, l’intérêt de cette intervention, au-delà de la rencontre avec un auteur et des riches échanges menés dans le cadre d’un débat mouvant, repose sur la découverte d’une écriture libérée des contraintes scolaires : "En tant que professeur de français, je leur demande une introduction, un développement, une conclusion. Avec Quentin Guillon, ce qu'ils ont beaucoup apprécié, c'est que c'était une écriture libre. Ils ont découvert, pour certains, que l'on peut écrire sans contrainte ce que l'on veut sans avoir à le montrer aux autres et sans correction derrière."
En lien avec l’autre thématique choisie par les enseignantes, sur la bande dessinée asiatique, des élèves de CAP ont eu l’opportunité de s’exercer au dessin de mangas avec l’artiste Remingo, de l’École du crayon de bois. Cet atelier fait partie des étapes du projet dont Marie-Pierre Morlière se souvient tout particulièrement : "Les élèves sont restés du début à la fin, stylo à la main, à parler et à dessiner des mangas. Ils n'ont même pas voulu aller en récréation. Ils ont une culture du manga vraiment impressionnante, que Remingo a su valoriser. On voyait sur leur visage que les élèves étaient contents."
Créer, mettre en confiance, échanger, découvrir l’autre et sa culture : le livre est un medium aux potentialités infinies que La Piscine aide à révéler. Les mots de Claire Simon, conseillère académique lecture, écriture, BD au rectorat de Poitiers, concluent pertinemment ce moment de partage : "Aujourd’hui, on voit le chemin parcouru, il suffit d’entendre ce que disent ces jeunes. Je crois qu’on est vraiment au cœur d’un dispositif qui fait que la lecture prend du sens, qu’elle est un outil de plaisir au service des apprentissages. C’est le sens même de ce que l’on veut faire."
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Marie-Pierre Quintard
Podcast : les élèves, les auteurs et les professeurs témoignent de leurs expériences
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