La Piscine au lycée Nelson-Mandela de Poitiers (3/3)
Le dispositif de médiation culturelle mobile La Piscine entre dans sa troisième année d’application. Dédiée aux porteurs de projets d’éducation artistique et culturelle (EAC) dans les établissements scolaires sous compétence régionale, La Piscine a été conçue par ALCA comme un dispositif immersif, destiné à donner l’envie de lire, de créer, de débattre et de réfléchir ensemble. Riche de six fonds compilant chacun une centaine d’ouvrages et traversant des thématiques telles que l’Aventure, Manger et nourrir ou encore l’Amour, La Piscine et ses allures de cabinet de curiosités prennent leurs quartiers de novembre 2025 à mars 2026, au lycée polyvalent Nelson-Mandela, à Poitiers.
Mars 2026 : fin de l’aventure. Bientôt, les livres seront rangés dans les cartons, le mobilier sera démonté et La Piscine quittera le lycée Nelson Mandela de Poitiers pour être installée au lycée des Métiers du Bâtiment Sillac, à Angoulême. Mais avant cela, retour sur une journée bien particulière…
Nous sommes nombreux lors de cette journée du 6 mars 2026 pour assister à la restitution des projets réalisés par les élèves du lycée Mandela de Poitiers dans le cadre du dispositif La Piscine. Une dizaine de professeurs – dont les quatre enseignantes documentalistes coordinatrice du projet –, une quinzaine de lycéens porte-paroles des différentes classes impliquées, deux représentants de la DAAC de l’Académie de Poitiers, le chef d’établissement et le proviseur adjoint, trois personnes d’ALCA et un journaliste de La Nouvelle République. C’est dire l’aura et l’importance du travail effectué durant les quatre mois d’implantation de La Piscine au sein de l’un des deux centres de documentation (CDI) de l’établissement : environ 150 élèves impliqués, trois artistes intervenants, quatre demi-journées d’ateliers… "Une belle aventure autour du livre", comme le souligne Louise Merlet, l’une des quatre enseignantes documentalistes, dans son propos introductif.
Pour l’occasion, et parce que c’était aussi l’un des premiers objectifs de ce projet, les deux pôles – général et technologique/professionnel – se sont réunis dans le vaste espace du CDI du pôle scientifique pour un temps d’échanges, de lectures, de témoignages et de découverte des créations présentées par leurs jeunes auteurs et autrices. Mélanie Jullien, l’enseignante documentaliste du pôle professionnel, se réjouit de cette opportunité qui lui a été offerte : "C’est un très beau succès, car finalement, les occasions de travailler ensemble sont assez limitées. Les documentalistes du pôle scientifique, qui ont fait la demande d’emprunt de La Piscine, ont eu pour volonté d’ouvrir le plus possible le dispositif à toutes les classes de notre lycée polyvalent. De mon côté, j’ai eu à cœur de m’impliquer pour que nos élèves du pôle Bâtiment puissent en profiter. Ils ont souvent plus de difficultés à lire, à s’intéresser aux œuvres littéraires ou aux activités que l’on peut leur proposer. Venir s’installer dans ce lieu, qui ne leur est pas familier, et y rencontrer des auteurs et autrices intervenants leur a permis de découvrir des activités qui changent de leurs habitudes. Ils ont vraiment été actifs, impliqués et très contents." Hélène Masson, qui a accompagné ses élèves de première professionnelle Technicien menuisier agenceur pour l’atelier mené par l’illustratrice Svetlana Gencheva, souligne aussi l’importance de cette inclusion : "Nous remercions ALCA, car ce projet a permis de multiplier les rencontres entre les deux pôles du lycée et d’échanger entre nous. Nous sommes venus plusieurs fois au sein du pôle général, nous avons rencontré des collègues qui nous ont ouvert d’autres champs des possibles, comme l’organisation de la Nuit de la lecture."
De la fierté
L’implication et l’enthousiasme de toutes les personnes présentes lors de cette journée de clôture sont manifestes. Enseignants, élèves, artistes, tous et toutes ont pris part à leur manière à cette aventure créative protéiforme dont ils retirent une grande fierté. Celle-ci est un peu le leitmotiv de toutes les personnes interrogées, à commencer par le chef d’établissement, Nicolas Laurent, qui pose un regard admirateur sur le travail accompli par son équipe et les élèves : "Ce dispositif permet de s’ouvrir différemment à la culture, dans une forme participative, qui favorise le partage et la discussion. Tout le travail accompli par les jeunes de l’établissement est extrêmement intéressant et impressionnant. Cela montre que la culture, une fois qu’elle est explicitée et que les jeunes s’en emparent, devient vivante, créative, et je suis très fier de ce qu’ils ont réalisé." Ce même sentiment, encore, dans la bouche de Louise Merlet, qui ne cache pas non plus son émotion : "C’est la fierté qui me vient tout de suite à l’esprit. Je suis vraiment ravie de les sentir aussi investis et de voir leur talent se révéler. Ils se montrent tous très créatifs et c’est valorisant pour eux, ce qui est aussi notre objectif à travers ces différents projets. Je suis très touchée."
La fierté est enfin dans le regard de ces jeunes dont les témoignages disent tout le plaisir et l’intérêt qu’ils ont trouvé à mener ces différents projets. Amélie, élève de seconde générale, parle comme d’un souvenir précieux de sa rencontre avec l’autrice Chloé Baudry : "C’était très agréable de discuter avec elle. Quand elle nous a parlé de son parcours, nous avons tout de suite bien compris ce qu’elle avait fait. Les activités étaient très libres : on pouvait écrire des poèmes, changer les mots de place… Il n’y avait rien de très cadré, c’était très agréable. Cette expérience m’a donné envie de lire les livres de Chloé Baudry et de m’intéresser à d’autres domaines de lecture." Aldric, lui, élève de l’ITEP [Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique], s’est découvert un goût inattendu pour les livres : "J’ai surtout apprécié la lecture, parce qu’habituellement, je n’aime pas trop lire. Et la rencontre [avec Gilles Abier], c’était très sympa. On a parlé de son parcours. Il nous a dit qu’il n’aimait pas l’école et qu’il faisait beaucoup de fautes d’orthographe. C’est sa maman qui lisait ses livres la première pour les corriger avant l’envoi aux éditeurs." Jeanne, quant à elle, élève de seconde et ambassadrice du groupe pHARre, a aussi été très touchée par la spontanéité de Gilles Abier : "Il nous posait des questions, alors que c’était plutôt à nous de lui en poser. Il a été très naturel, instinctif, lui-même."
Du fond du cœur
C’est grâce à ces moments de confessions intimes partagées que s’instaure le lien de confiance à partir duquel la parole peut se libérer et les émotions émerger. L’autrice Svetlana Gencheva, qui est intervenue auprès d’une classe de lycée pro (menuiserie) et d’une première STD2A Design et Arts appliqués pour deux ateliers d’illustration de poésies, souligne ainsi avec émotion le courage et la spontanéité de ces lycéens : "Ce sont des jeunes qui s’expriment du fond de leur cœur, et c’est très touchant. À cet âge, quand on n’a pas d’expérience, c’est vraiment courageux d’exprimer ainsi ses émotions. C’est magnifique et c’est ce que l’on doit valoriser dans la société en général." Un souvenir et des sentiments forts partagés par les élèves, comme Quentin, dont elle a su conquérir l’estime : "J’ai bien aimé les illustrations qu’elle nous a montrées et les idées qu’elle nous a données, c’était touchant. Nous sommes très fiers de ce que nous avons fait."
Lier ainsi la lecture et l’écriture à leurs émotions, les incarner par la présence d’un auteur et de deux autrices venues leur présenter leur parcours, a permis d’éveiller peu à peu l’intérêt des jeunes pour ce dispositif qui leur semblait un peu énigmatique au départ, comme le raconte Louise Merlet : "La mise en place progressive des ateliers a amené les élèves à fréquenter davantage La Piscine. Au début, ils n’osaient pas forcément y entrer. Puis au fur et à mesure des diverses actions menées, de plus en plus d’élèves sont venus en dehors des temps dédiés. Cette spontanéité est révélatrice de leur intérêt pour la lecture qui s’est installé de manière progressive." Les enseignantes documentalistes soulignent encore l’importance et la qualité des fonds bibliographiques proposés, en particulier la thématique Amour et estime de soi qu’elles ont trouvée très porteuse pour leurs élèves car proche de leurs préoccupations.
Entrer dans la lecture par le plaisir, favoriser les liens entre des élèves – mais aussi des enseignants – qui ne se côtoient pas forcément au quotidien et encourager la créativité de ces jeunes – qui n’en manquent pas ! –, autant d’objectifs atteints au-delà de toute espérance. La Piscine repart avec, glissés dans les livres, quelques conseils "coups de cœur" rédigés par les élèves sur des marque-pages conçus à cet effet. Un petit clin d’œil pour les prochains lecteurs…
Marie-Pierre Quintard