Retour sur la 14ème Fête au Chalet : la création périlittéraire à l’honneur
La quatorzième Fête au Chalet Mauriac n’a pas failli à sa réputation : une journée d’échanges pour l’interprofession où les idées et expériences respectives se répondent, se confrontent et s’entremêlent pour un enrichissement collectif certain. La création périlittéraire était cette année au cœur des réflexions et débats proposés par ALCA, organisatrice de l’événement et tête du réseau des résidences en Nouvelle-Aquitaine. Auteurices, éditeurices, médiathécaires, directeurices de lieux de résidences de création et organisateurices de manifestations littéraires ont phosphoré ensemble sur les contraintes et spécificités de ces créations hybrides, dites périlittéraires.
Impossible de donner une définition précise de ce genre de création. Par essence, la création périlittéraire peut prendre d’infinies formes et contours : jeu de société, randonnée contée, lecture musicale, lecture dessinée… Les propositions artistiques sont inépuisables mais le socle reste le même : le livre.
Elsa Escaffre, ancienne lauréate de création libre au Chalet Mauriac, vient des Beaux-Arts et du théâtre. "J’ai toujours attrapé l’écriture par la forme et non par le récit. Quand j’ai écrit mon premier roman, Sans chichi, j’ai voulu faire exister le texte autrement. J’ai alors réalisé qu’il y avait un chainon manquant entre les filières du livre et de la scène. Elles ne répondent pas aux mêmes systèmes ni aux mêmes calendriers et n’appliquent pas les mêmes principes de rémunération." Un souffle d’approbation générale traverse la salle. L’artiste confie travailler à un outil pédagogique à destination des deux filières avec son collectif, à Lyon. Une sorte de kit de survie de la création périlittéraire, qui faciliterait la compréhension mutuelle des deux milieux, peu habitués à travailler ensemble.
À l’inverse, certaines structures sont en mesure de proposer un déploiement périlittéraire clé-en-main à l’auteurice dont l’œuvre est amenée à muter vers une autre forme. L’écrivaine Beata Umubyeyi Mairesse en témoigne en donnant pour exemple son livre autobiographique Le Convoi, publié chez Flammarion en 2024.
"Madrigall (c’est-à-dire Gallimard) s’est associé à une société de spectacle pour permettre aux auteurices de la maison de rencontrer des metteurs en scènes pour monter avec elleux des lectures théâtrales. Je vais travailler avec Fanny De Chaillé, directrice du Tnba à Bordeaux, à une forme théâtrale de mon texte. D’autre part, la structure Une Bonne compagnie s’occupe de la programmation du spectacle. Nous allons passer au théâtre de la Bastille, au Tnba, aux Escales du livre et d’autres lieux encore… C’est formidable et très reposant d’avoir quelqu’un qui s’occupe de tout ça." reconnait-t-elle.
La voix des manifestations littéraires, portée ici par Gaëlle Thoilliez des Escales du livre (Bordeaux), se souvient avoir proposé dès les premières éditions des formes scéniques aux auteurices. "Ils étaient toujours très partants, et puis, une fois sur scène, c’était parfois plus compliqué… Tout le monde n’est pas à l’aise ou fait pour ça. C’est important d’être guidé et accompagné dans cette démarche."
Vient aussi la question de la fréquentation. Qui dit forme scénique dit public et dispositif adapté. Mélanie Archambaud, Directrice de la Villa Valmont à Lormont, le confirme. "Nous avons un lieu de créations pluridisciplinaires et hybrides, qui est aussi un lieu de diffusion. Cela permet aux propositions artistiques périlittéraires d’être présentées à du public, dans un lieu intermédiaire. C’est important pour faire avancer une culture des arts littéraires, parce que les grandes salles ne peuvent pas remplir leurs grandes jauges avec des petits noms. La vocation première de nos lieux de résidence est d’accompagner les auteurices de l’écrit. Or, quand on déploie des dispositifs scéniques, l’argent part ailleurs : pour les comédiens, pour la technique, pour l’intermittence. À quel moment s’éloigne-t-on de notre mission ?"
Son homologue Jérémy Fabre, Directeur de la Maison Julien Gracq, rebondit sur ces propos qui reflètent une réalité de terrain peu souvent évoquée.
"La Maison Julien Gracq a accueilli le spectacle de Denis Lavant autour du texte Les Oiseaux de Pierre Bergounioux. Alors oui, c’était plein, il y avait beaucoup de monde, l’entrée était gratuite… Mais Denis Lavant, ça coûte deux mois de résidence."
Indéfinissable, insaisissable, la création périlittéraire fleurit pourtant et pose des questions qui cherche encore de réponses structurelles. Difficultés pour les deux sphères de l’écrit et du spectacle, artistiquement très liées, mais qui évoluent des systèmes administratifs et juridiques totalement différents, à travailler ensemble. Difficultés pour les lieux à diffuser des spectacles dans des endroits adaptés en jauge et en moyens techniques, crispations possibles sur des rémunérations trop disparates selon les statuts de chacun et chacune : le périlittéraire exige entente et adaptabilité de la part de tous les participants.
Tous les professionnels présents ce jour-là à Saint-Symphorien ont prouvé que malgré la relative complexité de sa mise en œuvre, la création périlttéraire est essentielle au rayonnement d’un texte, au déploiement de la créativité au-delà des frontières de genres et de métiers. Le texte est partout à la fois, sous toutes ses formes, chanté ou dessiné, dans les villes comme dans les campagnes. Et tous les maillons de la chaîne invités ce jour de septembre ont reformulé leur engagement infaillible à d’accompagner les artisans du texte : les auteurices.
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Merci à tous les participants et participantes des deux tables-rondes :
Mélanie Archambaud, directrice de la Villa Valmont
Elsa Escaffre, autrice et performeuse
Aurore Castaing, responsable de la médiathèque Le Polyèdre
Gaëlle Thoilliez, coordinatrice générale des Escales du livre
Christine Saint-Geours, des éditions Aux cailloux des chemins
Jérémy Fabre, directeur de la Maison Julien Gracq
Frank Smith, auteur
Beata Umubyeyi Mairesse, autrice
Audrey Bonnet, chargée de production et diffusion du Collectif Je suis noir de monde
Elvire Curtet, librairie Lire de Bazas
Amélie Bonneau et Aimée Ardouin pour le Chalet Mauriac
Sylvia Loiseau, chargée de mission Création et Vie littéraire d’ALCA