Les éditions Do ont 10 ans
En 2026, quatre maisons d’édition néo-aquitaines fêtent leur anniversaire. L’occasion pour ALCA de mettre en lumière ces structures et parcours singuliers en publiant une série de courts entretiens avec leurs fondateurs et fondatrices. Tant qu’il s’agit de lecture, de littérature ou du plaisir de transmettre des textes, Olivier Desmettre va de l’avant. Toujours à l’affût de nouvelles découvertes, se fiant à son instinct et avant tout à son plaisir de lecteur, il n’hésite pas à se lancer dans l’aventure éditoriale et crée en 2015 les éditions do. Les premiers titres, tous de littérature étrangère, verront le jour en 2016. Depuis, la ligne éditoriale s’est ouverte aux auteurs et autrices de langue française mais repose toujours sur les choix bien personnels de ce grand lecteur.
Comment sont nées les éditions do ?
Olivier Desmettre : Elles sont la suite logique de mon parcours professionnel, qui n’est fait que de hasards et de propositions pour lesquelles je n’avais pas de compétences particulières. J’ai commencé comme libraire sans jamais avoir travaillé dans une librairie, ensuite je suis devenu restaurateur-libraire sans rien connaître à la restauration. Puis j’ai travaillé pour le festival Le Carrefour des littératures, ma première expérience en matière d’événementiel. Après cela, j’ai créé avec Cécile Quintin le festival Lettres du monde, que j’ai dirigé pendant dix ans. Tous ces métiers ont un lien avec la lecture, la littérature et le plaisir de faire découvrir des textes. Quand j’ai quitté Lettres du monde, en 2014, l’idée de la création d’une maison d’édition est venue comme une évidence. Je n’avais jamais travaillé dans ce secteur, mais je connaissais bien le fonctionnement de la chaîne du livre. Je me suis lancé la fleur au fusil dans ce projet, avec une véritable inconscience. Le volet littérature étrangère, qui a dominé les premières années de la maison, est issu de l’histoire du festival dont la programmation a toujours été ouverte sur le monde. J’y ai rencontré des traductrices et des traducteurs avec lesquels j’ai noué parfois des relations assez proches. Je connaissais notamment Véronique Béghain (anglais), Jean-Marie Saint-Lu (espagnol), Rosie Pinhas-Delpuech (hébreu), Marie Bouvard (polonais) et Lise Chapuis (italien). Cela m’a conduit à chercher des textes qui étaient dans ce spectre-là et plutôt sur des formes brèves : nouvelles, microfictions, romans courts. Par ailleurs, je ne me suis toujours intéressé qu’au livre imprimé. Je n’ai jamais fait d’édition numérique de mes ouvrages.
Comment définiriez-vous l’identité de votre maison aujourd’hui ? Votre ligne éditoriale a-t-elle évolué et comment ?
Olivier Desmettre : Je dirais que la ligne éditoriale s’est plutôt élargie. Ma chance, c’est d’avoir eu un succès dès mes débuts, avec le livre d’Ota Pavel, Comment j’ai rencontré les poissons, paru en 20161. Cela m’a permis de continuer. Mais tenir en ne fondant un projet que sur la littérature étrangère est un peu dingue, quand on pense aux coûts que cela représente. Or mes trente premiers titres ne sont que des traductions ! En 2020, année du Covid, j’ai réalisé la nécessité d’évoluer. Les livres que j’ai publiés cette année-là se sont plutôt mal vendus. Il fallait que je trouve un équilibre économique en publiant aussi de la littérature française et francophone. C’est ce que j’ai fait à partir de 2021 et, aujourd’hui, elle représente environ les deux tiers de mes publications annuelles. Le grand plaisir pour un éditeur comme moi, c’est de continuer à recevoir des textes tous les jours (soit des projets de traduction, soit des manuscrits), de pouvoir choisir et de me laisser guider uniquement par l’envie de ce que je veux publier.
Qu’est-ce qui retient votre attention, en premier lieu, dans un texte ?
Olivier Desmettre : Je serais tenté de dire spontanément que c’est la langue avant tout. Mais d’un autre côté, cela n’a pas toujours été mon premier critère de choix. En fait, c’est la capacité à m’emporter, en tant que lecteur, soit par la langue, soit par la structure du récit. Mais parfois, cela ne suffit pas à me décider. C’est très difficile à appréhender, ce qui retient mon attention. C’est aussi une question de temporalité : il faut choisir le bon moment pour lire un manuscrit, quand ton esprit est disponible.
Comment envisagez-vous l’avenir ?
Olivier Desmettre : Penser que je fêterais 10 ans me paraissait déjà complètement illusoire. Compte tenu de la situation de l’économie du livre en France, simplement continuer, tenir, me paraît être un bon objectif. Résister, pour un éditeur indépendant, c’est essentiellement continuer d’exister. Poursuivre ma route, avec la même exigence, en espérant que Les Belles Lettres fassent découvrir la maison à un spectre plus large de librairies et m’accompagnent encore au moins 10 ans !
1. Le livre est sorti en poche chez Folio en 2020.