Les éditions Bliss ont dix ans !
En 2026, quatre maisons d’édition néo-aquitaines fêtent leur anniversaire. L’occasion pour ALCA de mettre en lumière ces structures et parcours singuliers en publiant une série de courts entretiens avec leurs fondateurs et fondatrices.
C’est sa passion pour les comics Valiant qui a fait de Florent Degletagne un éditeur. Dix ans plus tard, la bande dessinée de genre américaine est toujours bien présente au catalogue. Mais celui-ci s’est largement ouvert à des publications jeunesse et young adult où des thématiques sociales fortes se déploient dans des récits imaginaires.
Comment sont nées les éditions Bliss ?
Florent Degletagne : L’idée de devenir éditeur remonte à l’année 2015, alors que je venais de m’installer à Bordeaux après avoir travaillé dans le spectacle vivant à Paris. Je lisais depuis quelques années beaucoup de comics américains, de manière un peu boulimique, en particulier ceux de Valiant, dont l’univers est assez proche du nôtre. À l’époque, la licence était publiée en France par Paninini. Le résultat était assez médiocre et le lectorat ne suivait pas. Puis Paninini a décidé d’arrêter la publication de Valiant. Cela m’a incité à contacter l’éditeur américain pour lui proposer de reprendre la licence en France. Je faisais alors partie d’un podcast, Comixity, dans lequel on chroniquait les comics qui sortaient. Donc je connaissais quelques noms dans ce milieu, et c’est grâce à cela que j’ai pu contacter Valiant et les convaincre. C’est ainsi que j’ai lancé les premiers livres en avril 2016. Ensuite, j’ai contacté Makassar, mon diffuseur-distributeur, et j’ai fait appel à des lettreurs et des traducteurs, comme le studio Makma, à Bordeaux. J’ai appris le métier sur le tas, je n’avais jamais fait d’édition auparavant. Il y a eu beaucoup de galères et de nuits blanches pour commencer !
Comment la structure s’est-elle développée depuis 10 ans ?
Florent Degletagne : J’ai démarré quasiment seul en me consacrant entièrement à l’édition de la licence Valiant. Cela représentait beaucoup de titres. En 2017, j’en ai sorti 23, soit quasiment 2 titres par mois, avec des réimpressions, car cela fonctionnait très bien. Malgré tout, j’avais à cœur de développer d’autres projets. J’ai toujours été engagé politiquement et je voulais publier des livres qui aient du sens. Nous avons commencé en sortant un titre hors Valiant par an. Il s’agissait de projets caritatifs : Love is love, en 2017, traduction française d’un ouvrage collectif réalisé aux États-Unis après l’attentat homophobe d’Orlando en 2016 ; la BD UN3 : Urgence niveau 3, en 2018, avec le Programme alimentaire mondial. En 2019, Bliss comics est devenu Bliss éditions. Le marché du comics s’écroulait ; les ventes de l’univers Valiant se sont effondrées. Il a fallu faire un pivot. La diversification de notre catalogue s’est vraiment engagée en 2020, année où nous avons commencé à publier des titres jeunesse et young adult, notamment Le Cercle du Dragon-Thé de Kay O’Neill. J’ai eu un énorme coup de cœur pour cet.te auteurice et j’ai signé d’emblée pour quatre titres. Depuis, iel est devenu.e notre auteurice jeunesse phare. Cette année, nous allons terminer la publication des Valiant, mais nous continuons avec d’autres comics adultes, comme ceux de Bad Idea, qui sont souvent des one shot.
Diriez-vous que votre ligne éditoriale va de plus en plus vers un engagement politique et social ?
Florent Degletagne : Je pense, même si je ne cherche pas à publier des livres pédagogiques, en matière de politique. Cependant, nos livres ont cette dimension en eux, malgré tout, du fait de l’engagement personnel des auteurs et des autrices qui les écrivent et de mon propre parcours en tant qu’individu. Bliss est un peu ma barque, elle ressemble donc à ma vie. Nos publications abordent des sujets radicaux, mais cet engagement n’est pas nécessairement au centre. Ce sont aussi des livres aux univers fantastiques ou de SF qui en rendent l’accès facile. Je ne souhaite pas publier de livres didactiques. Je cherche de bons récits qui vont activer l’imaginaire autant des jeunes que des adultes. Ma boussole, c’est aussi de trouver des récits universels. Plusieurs niveaux de lecture sont possibles. C’est cet équilibre entre l’universalité et ce que les auteurs et autrices mettent de personnel dans leurs récits qui va toucher le lectorat.
Quels sont vos projets et ambitions pour les années à venir ?
Florent Degletagne : Nous sommes un peu à une période charnière. Nous cherchons à changer de diffuseur-distributeur pour passer à une catégorie supérieure, ce qui représente un gros investissement. Cela suppose également d’augmenter un peu le nombre de publications et surtout, d’assurer une régularité. Nous avons ainsi un programme ambitieux pour la fin de cette année et 2027. Nous avons aussi lancé notre première création originale, un one shot young adult, par Lise Guérin, une jeune autrice bordelaise. Aujourd’hui, nous réalisons quasiment tout le travail en interne (traduction, lettrage, etc.), mais nous n’allons pas pouvoir continuer ainsi. Nous aimerions pouvoir nous concentrer plus sur le travail éditorial et la stratégie. Donc l’objectif est de changer de braquet en augmentant un peu les sorties, en les travaillant mieux et avec une meilleure diffusion-distribution. Ce qui va nous obliger à externaliser plus pour nous libérer du temps afin de mieux penser les titres et leur communication.