10e anniversaire des éditions Agullo
En 2026, quatre maisons d’édition néo-aquitaines fêtent leur anniversaire. L’occasion pour ALCA de mettre en lumière ces structures et parcours singuliers en publiant une série de courts entretiens avec leurs fondateurs et fondatrices. Nadège Agullo a travaillé quinze ans aux éditions Michel Lafon comme cessionnaire de droits, puis a cofondé les éditions Mirobole en 2012, qu’elle a quittées pour créer la maison Agullo en 2016. Dix ans plus tard, elle continue d’explorer l’Europe sous toutes ses coutures.
Comment sont nées les éditions Agullo ?
Nadège Agullo : Elles ont été cofondées par quatre personnes : Sébastien Wespiser, qui était libraire à Paris, le graphiste Sean Habig, qui avait développé l’identité visuelle de Mirobole, Estelle Flory, une éditrice avec laquelle j’ai travaillé chez Michel Lafon, et moi. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que deux associés à diriger l’entreprise : Sébastien et moi. Nous prospectons chacun pour trouver de nouveaux titres, Sébastien a en plus une casquette de directeur commercial, chargé des relations avec les libraires. Il accompagne les auteurs et les autrices dans les salons, il se déplace en librairie. Il a un rôle très important, car il permet d’incarner la maison d’édition, d’être au plus proche des libraires ; c’est fondamental. Il gère aussi la communication, notamment sur les réseaux, et fourmille d’idées à portée commerciale. Quant à moi, j’ai un pied dans tous les services.
Quel est l’ADN de votre maison ?
Nadège Agullo : Notre catalogue essaie de raconter et d’expliquer le monde dans lequel on vit, quel que soit le pays que l’on habite. Nous recherchons des livres très ancrés dans le territoire, qui proposent une vision politique, sociologique et sociale du lieu où l’histoire se déroule. Je parle de la politique au sens grec du terme, c’est-à-dire la manière dont les hommes vivent ensemble dans une même société. Sur cette base, nous publions des livres de genres assez divers : humoristiques, polars, littérature de l’imaginaire…
Nous sommes aujourd’hui reconnus comme éditeurs de littérature européenne, la France incluse. Ce continent nous offre beaucoup de possibilités et nous n’avons pas fini de les épuiser ! Il y a encore des pays qu’on n’a pas explorés, comme l’Espagne.
Quels sont vos souvenirs les plus marquants de cette décennie ?
Nadège Agullo : Ce sont surtout les rencontres avec nos auteurs et autrices. Nous avons commencé par publier un auteur italien, Valerio Varesi. Aujourd’hui, onze de ses titres sont parus chez nous. Nous avons fait le tour de France avec lui et maintenant, il fait partie de la famille. C’est une belle rencontre, comme celle avec nos deux premiers auteurs français, Frédéric Paulin et Yan Lespoux, ou plus récemment, avec Soufiane Khaloua, qui nous a envoyé son manuscrit par courrier.
Je me souviens aussi des premières fois où nous avons gagné des prix : le prix Utopiales en 2017, pour L’Installation de la peur de Rui Zink, le prix des lecteurs Quais du polar en 2019, pour La guerre est une ruse de Frédéric Paulin et le Point du meilleur polar européen en 2021, pour L’Eau rouge de Jurica Pavičić, un auteur croate. Il a reçu tous les prix polar cette année-là. Il était le premier auteur des Balkans à être ainsi récompensé. Nous l’avons vécu comme une petite victoire. Souvent la découverte et l’innovation viennent des petites maisons… Nous avons peut-être instillé auprès des autres éditeurs du genre l’envie d’explorer de nouveaux territoires littéraires.
Comment envisagez-vous l’avenir ? Quels sont vos projets ?
Nadège Agullo : Nous allons publier un nouvel auteur français en février, Damien Igor Delhomme, dont le livre s’intitule La chance rouge. Il s’agit d’un texte un peu hybride entre histoire, espionnage et dystopie. Ce métissage des genres est une caractéristique de notre catalogue : nos livres peuvent se classer dans différents rayons. Nous envisageons de développer une collection de livres de poche, qui nous permettrait d’avoir plus de productions sans avoir à réinvestir dans des achats de droits et des traductions, et en évitant une surproduction de nouveautés. Nous embauchons une personne, Maxime, qui sera chargé du volet éditorial et éventuellement de s’occuper de cette collection de poche. Et nous espérons bien pouvoir fêter notre 20e anniversaire !